Le Festival de la création 2016 avec Mme de Bagneaux, discussion autour du “Cercle de Craie Caucasien”

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“Le Cercle de Craie Caucasien” de B. Brecht

La pièce a été écrite en 1949 par le dramaturge allemand Bertolt Brecht. Inspirée à la fois d’une pièce de théâtre chinoise, “Le Cercle de craie“ et du jugement de Salomon, cette œuvre importante de Brecht traite d’un des thèmes de prédilection de l’auteur : la bonté et l’humanité.

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LA PIECE ET LES PIECES

Madame, comment avez-vous choisi les pièces de cette année ?

Comme tous les ans et suite à de nombreuses lectures, ça a été un coup de foudre. Le double enjeu était de trouver une pièce que nous puissions monter à la fois à Grandchamp pour le festival de la création de Mai et pour le mois Molière de Juin. Nous avons aussi le souci de faire participer de nombreux élèves et professeurs donc le nombre de rôles doit être suffisant. Enfin, après avoir monté des pièces de Tennessee Williams, Albert Camus, Jean Anouilh, Victor Hugo, Ionesco, Ibsen, nous avons toujours le désir d’étudier de grands auteurs ; donc bienvenue à  Brecht cette année.

 

Quels sont les aspects de la pièce qui vous ont le plus attirés ?

Ils sont cent, ils sont mille ! Le principe du théâtre dans le théâtre est d’abord très séduisant en soi. Et puis, il s’agit d’une fable bouleversante sur le combat d’une mère pour sauver un enfant, fable généreuse, ironique, émouvante. Brecht interroge sur la propriété la plus intime,les liens du sang, la légitimité. Il remet en question les lois et les traditions, et à travers ce questionnement, les principes mêmes de notre société d’aujourd’hui. C’est le récit d’un engagement, notion précieuse à perpétuer dans notre monde. Somme toute, « Le Cercle de Craie » est une pièce chorale sur la tolérance et la liberté.

J’ajoute à cela que l’esthétique même de la pièce est particulièrement attirante. Nous nous sommes lancés dans un travail très différent, pour tenter de servir au mieux le « Verfremdungseffekt », la distanciation brechtienne, qui  exige  un mode de jeu laissant liberté et mobilité à l’esprit qui observe.

Pour finir, le récit se déroule en Géorgie, folklore que nous n’avions point encore exploité esthétiquement.

 

Avez-vous retravaillé les textes ou employé les originaux ? Aviez-vous déjà vu une version de la pièce ?

Nous avons utilisé la traduction de Georges Proser. Nous avons aussi un peu allégé le texte pour l’adapter aux comédiens et le rendre plus accessible au public. Nous  avons vu des extraits de différentes  interprétations, pour certaines, fort belles et intéressantes, mais nous avions déjà notre vision personnelle de la pièce.

 

Pouvez-vous nous faire une petite description de trois personnages de la pièce ?

Oui. L’enfant. Il est nourrisson au début de la pièce ; il parle et marche dans les deux derniers tableaux …. ! Magie du théâtre, je n’en dis pas plus !

Un deuxième ? Sa mère biologique : excessive, hystérique, inhumaine. Magnifique personnage !

Le troisième : un brigadier, haut en couleur, grivois et stupide. Rôle tout aussi réjouissant !

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LA TROUPE

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur la troupe de cette année ?

Chaque année apporte une troupe différente. Pour cette aventure, nous avons à conduire une majorité de lycéens qui, toujours contents de se retrouver, peinent parfois à répondre aux difficultés très particulières de la pièce. Il y a soixante rôles pour une quinzaine de comédiens qui doivent donc créer plusieurs personnages. Le travail est rude, mais le climat dans la troupe est heureux ! Nous comptons évidemment de nouvelles têtes ; les anciens, fidèles très investis sont  toujours aussi précieux.

 

Etes-vous metteur en scène et actrice cette fois encore ?

Oui évidemment… mais c’est très difficile ! Heureusement, comme les années passées, nous sommes à deux, deux metteurs en scène, deux comédiens.

Marc Bianciardi  dont la minutie et le perfectionnisme ne sont plus à prouver a réalisé un fort beau travail de scénographie, et là non plus…je n’en dis pas plus.

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BRECHT ET BONUS

Comment cette pièce se situe-t-elle dans son œuvre ?

Brecht a écrit cette pièce pendant son exil aux Etats-Unis. Elle connaît un succès mitigé lors de sa création à Berlin en 1954, alors que la mise en scène avait été élaborée par l’auteur et ses collaborateurs. C’est à partir de son triomphe à Paris, lors du Festival des Nations, en 1955, que la pièce est appréciée à sa juste valeur.

 

Madame, quelles sont vos trois raisons d’aller voir la pièce?

J’en ai 1 million mais je vais me restreindre un peu

  1. L’esthétique : une fable, la Géorgie, du lyrisme et de la caricature à la fois.
  2. L’enjeu : la fable est mise au service d’une critique sociale
  3. L’émotion indiscutable : un enfant…deux mères se le disputent. Vous résistez vous ?

 

Et quelques remarques supplémentaires saisies au vol…

Tout cela n’est qu’une histoire de fou… ou une histoire d’amour. Il faut être fou pour embarquer chaque année des jeunes dans des aventures si hasardeuses, des exigences  si complexes, des moyens si …limités. Jongler avec les disponibilités, guider les jeunes comédiens dans les difficultés des pièces que nous choisissons, travailler souvent dans l’urgence et  vivre le stress des derniers instants….quelle folie !

Il faut aimer le théâtre, la beauté des textes, le travail de création, pour aller jusqu’au bout, coûte que coûte, sur une scène, devant un public…Il faut aimer cet art…follement, passionnément, éperdument !

Un grand merci à Madame de Bagneaux pour ses réponses et rendez-vous le Jeudi 26 Mai à 20h30 pour la première !

Bien amicalement,

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