Interview de Madame Brigitte de Bagneaux – Professeur, actrice, et metteur en scène, en exclusivité pour Notre Dame du Grandchamp Alumni

Après l’interview de Mme Tiphaine Vaur, responsable du Festival de la Création de Notre Dame du Grandchamp, nous nous sommes tournés vers Madame de Bagneaux, professeur de Lettres Classiques et d’Expression dramatique mais également actrice et metteur en scène depuis 12 ans pour le Festival. Voici en quelques mots (ou plus!) son ressenti sur ce qui nous attend cette année : Interview vérité !

Festival création Grandchamp 5

Pourquoi avoir choisi de monter Peer Gynt cette année ?

Cette pièce, que nous avions lue, il y a quelques années, Marc Biancardi et moi, n’avait pas retenu notre attention. Pourquoi ?…Au mois de juillet 2015, la relecture déclencha un véritable coup de foudre pour cette œuvre de jeunesse, qu’Ibsen qualifia lui-même de poème dramatique.

C’est une farce satirique, truculente, qui propose une quête de l’identité impossible. Peer Gynt, une sorte de Faust, de Don Quichotte, va d’aventures en aventures, échoue tout ce qu’il entreprend, et découvre, tard, le sens de son questionnement. C’est aussi un conte philosophique traversé par Kant, Hegel, Freud… C’est, finalement, plein de rêves, de mythes, d’humour, de questionnement.

 

Comment avez-vous préparé les accessoires, les décors et la communication ? Quelles libertés avez-vous pu prendre ?

Les décors sont crées avec les moyens du bord. Quelques sauts dans les magasins de bricolage, (une véritable aventure pour une non initiée comme moi !) et beaucoup d’inventivité viennent à bout de ce que l’on avait imaginé et de nos choix.

Les accessoires se préparent progressivement, par nos soins en grande partie, au fur et à mesure de la création et de la mise en place. Nous avons, certes, eu recours à l’Atelier Couture des Terminales, qui, sous la direction de Madame Battesti nous a confectionné quelques costumes.

Tous ces éléments peuvent évoluer au cours des mois de répétition, la scène est aussi un lieu d’adaptation.

Il est difficile, délicat, minutieux, exigeant, ce travail sur l’esthétique d’un spectacle. Ainsi les affiches font partie intégrante de ce travail. Elles doivent séduire, étonner, intriguer et livrer un peu de l’âme de la pièce sans tout révéler…Tout un art ! Marc Bianciardi qui a ce talent confectionne chaque année les affiches des trois spectacles que nous montons : le spectacle des 1ères, le spectacle des terminales (tous deux dans le cadre des options théâtre) et le spectacle collectif.

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Le travail avec les artistes

 

Y a-t-il une thématique en particulier dans le choix des pièces de cette année ? Quels ont été vos critères dans ce choix ?

Aucune thématique de prédilection. Le coup de foudre seul détermine la pièce. Il faut, bien sûr des pièces avec de nombreux personnages. « Peer Gynt » propose une répartition de 40 rôles !

Non, nous n’allons pas voir les pièces que nous sommes en train de travailler, ce qui ne nous empêche pas, quand nos choix esthétiques sont pris, de nous renseigner sur les autres mises en scène existantes de la pièce. C’est toujours intéressant d’élargir ses vues et de confronter ses idées.

Nous travaillons à deux sur les mises en scène. C’est une entreprise possible dans la mesure où nous nous rejoignons toujours intellectuellement et artistiquement. Nos lectures des pièces sont toujours sinon identiques, du moins fort proches. Et les exigences, les mêmes. L’échange est donc riche et aisé.

Avez-vous retravaillé les textes ou préférez-vous employer les originaux ?

            « Retravaillé » ? Il faut être bien peu amoureux de la Littérature ou peu scrupuleux pour changer un texte d’auteur !

Nous avons mis en scène « Caligula » de Camus,« La Grotte » d’Anouilh, « Rhinocéros » de Ionesco, « Lucrèce Borgia » de Victor Hugo. Ces textes furent littéralement joués et respectés. En ce qui concerne les traductions d’auteurs étrangers, dans « Le chemin de solitude », d’Arthur Schnitzler, « La rose tatouée » de Tennessee Williams et « Peer Gynt » de Ibsen,nous avons travaillé sur différentes traductions avant de nous arrêter sur un texte définitif.. Travail passionnant.

Quelle relation tissez-vous avec les élèves ? Sont-ils demandeurs de conseils ? Existe-t-il une complicité entre vous ?

            Vous connaissez, votre question amusée en témoigne, mon rapport avec les élèves. A qui cacher que j’aime mon métier d’enseignante et donc …les élèves ? Ils me le rendent bien : votre interview, 5 ans après avoir quitté Grandchamp ! (La rédaction, pour certains ses anciens élèves, sourit et approuve).

En ce qui concerne le lien avec les comédiens, il est autre.. Il s’agit d’une complicité de scène , d’une vraie proximité physique de plateau où l’on livre avec sincérité, en dehors de tout contexte scolaire convenu et hiérarchisé, une part de soi. Une sorte de « mise en danger ». Quand viennent les représentations, le trac rend encore plus solidaire ! Toutes ces situations renforcent les liens. Et les élèves savent bien faire la différence entre le professeur et la comédienne. Il arrive à certains d’avoir le matin, en classe, à me rendre une dissertation, et le soir sus scène, me prendre par la main. C’est touchant !

Les élèves ont-ils leur mot à dire quant au choix de la pièce, à la répartition des rôles et aux costumes ?

Nous leur demandons s’ils veulent un rôle important ou non. Pour la distribution, nous sommes plus à même, par notre connaissance de notre projet entre autres, de percevoir le type de personnage que chacun peut endosser.. Pour les costumes, notre lecture de la pièce engage forcément des choix et des partis pris. Tout cela relève du travail des metteurs en scène.

Que pouvez-vous nous dire sur les recrues de cette année ?

La troupe de cette année est particulièrement enthousiaste, travailleuse, joyeuse, chaleureuse, aimante …je ne taris point ! Une VRAIE TROUPE ! Un très bel esprit. Ils sont tous dans le désir de mener à bien cette pièce dont ils connaissent désormais l’énorme complexité, de faire plaisir à leurs metteurs en scène ( si exigeants) qui les adorent, et dans la hâte de rencontrer le public. Ils ont vu que le travail de création passe par l’humilité, le doute, et…la confiance ! Les retrouvailles aux répétitions du lundi soir sont toujours source de grande joie.

Comment conciliez-vous le fait d’être à la fois actrice et metteur en scène dans vos pièces et pourquoi ce besoin de toujours jouer ?

Nous mettons en scène, Marc et moi 3 spectacles par an. Les deux premiers sont ceux des élèves qui préparent l’option théâtre au baccalauréat. Cette année, les Terminales STMG présentent un spectacle tiré des « Diablogues » de Roland Dubillard, les 1ères STMG présentent un spectacle sur des textes de Thiéry, Koltès, Foissy, Grumberg,. Je vous les recommande vivement

Le troisième spectacle, spectacle collectif, rassemble élèves et professeurs. Quel plaisir de jouer tous ensemble ! Notre troupe s’appelle « d’une scène l’autre », clin d’œil à Louis-Ferdinand Céline. J’aime passionnément la scène, j’aime passionnément jouer, ce n’est un secret pour personne. Nous sommes deux pour la mise en scène, nous pouvons donc nous guider mutuellement. Et s’il nous arrive d’être en même temps sur le plateau, les élèves eux-mêmes, et non sans efficacité, prêtent main forte ! Un beau moment de fusion !

Comment intégrez-vous la troupe dans la réflexion sur la mise en scène et quels sont les objectifs que vous vous fixez ?

Nous sommes professeurs, passionnés par les Lettres et le Théâtre. Plus de trente ans d’enseignement, de parole, de transmission, d’écoute, de pédagogie…Vous avez la réponse !

Le Théâtre c’est une affaire de troupe. Nous échangeons donc en permanence. Les objectifs pour une pièce sont multiples. D’abord vous dire ce que l’on exècre : la complaisance, la facilité, le déjà-vu. C’est l’amour de la Beauté, le moteur essentiel. Enseigner les Lettres classiques, mettre en scène, jouer….ce sont des métiers de passion. Si tous ces jeunes qui nous suivent dans l’aventure – et qui nous sont attachés – parviennent à rencontrer et à garder en mémoire la beauté des textes et l’émotion d’un spectacle, cela fait peut-être un objectif atteint, non ?

Théâtre et public

Certaines de vos pièces sont jouées à la fois pour le festival de la création et pour le mois Molière organisé à Versailles. A publics différents, jeux d’acteurs différents ?

Le public du Festival de la Création est composé d’amis, de professeurs, d’élèves, de parents tous bienveillants, amusés à l’avance de voir sur une scène ceux qu’ils connaissent « autrement ». La pièce, en elle-même revêt, hormis pour ceux qui aiment réellement le théâtre, une importance moindre…. Le public du Mois Molière se déplace pour une pièce ou un auteur. Je ne pense pas que les comédiens jouent différemment au Festival. Ajouter des « blagounettes », surjouer, cabotiner sous prétexte qu’un copain ou qu’un professeur se trouve dans le public, ne fait pas partie de nos façons de faire. Mais il se peut, puisque le Mois Molière succède au Festival, que les comédiens, plus rôdés en viennent à améliorer leurs jeux. Bonheur !

Quelles réactions du public recherchez-vous en mettant en scène une pièce de théâtre ?

Il ne s’agit pas de rechercher des réactions précisément. Il y a du don de soi dans le Théâtre. Ce que l’on désire, c’est faire découvrir, partager, faire vibrer… par la réflexion…par le rire …par l’émotion…

Selon vous, dans quelle mesure peut-on grandir à travers le théâtre ?

La Beauté fait grandir. La quête de la Beauté. La passion de la Beauté. Elle est dans la musique, la sculpture, la peinture, la danse, la littérature… Le Théâtre, comme tous les arts, s’adresse aux profondeurs de l’être :

«  Quelques instants de vérité volés à l’illusion des jours. »

Un grand merci à Madame de Bagneaux de s’être prêtée au jeu et d’avoir accepté de se faire la voix de ses élèves pour la promotion des pièces du Festival. Nous vous invitons chaleureusement à venir à Grandchamp pendant ce mois de Mai pour profiter de ces opportunités presque gratuites !

Vos dévoués serviteurs,

Notre Dame du Grandchamp Alumni

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